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29 août : les essais nucléaires concernent toujours la France

Ce 29 août 2026, la Journée internationale contre les essais nucléaires rappelle un dossier qui concerne directement la France. Proclamée par l’Assemblée générale des Nations unies en 2009, elle vise la fin de toutes les explosions nucléaires expérimentales. Pour la France, cette date renvoie aux campagnes menées en Algérie puis en Polynésie française, aux demandes de reconnaissance des personnes exposées et à un traité mondial toujours en attente d’entrée en vigueur.

Par la rédaction de Pirots 2 — publié le 29 août 2026.

Quelques dates permettent de situer l’enjeu :

  • 1960-1966 : essais nucléaires français au Sahara algérien.
  • 1966-1996 : campagne française en Polynésie française.
  • 1996 : adoption du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires.
  • 2009 : proclamation du 29 août comme journée internationale par l’ONU.
  • 2010 : adoption en France de la loi encadrant l’indemnisation de certaines victimes.

Une journée internationale proclamée en 2009

L’Assemblée générale des Nations unies a institué cette journée par une résolution adoptée en 2009. Le choix du 29 août renvoie à la fermeture, le 29 août 1991, du site d’essais soviétique de Semipalatinsk, dans l’actuel Kazakhstan.

Selon la page officielle des Nations unies, la commémoration doit sensibiliser aux conséquences des essais et à la nécessité d’y mettre fin. Son objectif dépasse donc le souvenir historique : il s’agit de soutenir une interdiction universelle et juridiquement effective des explosions nucléaires expérimentales.

Cette interdiction doit être comprise avec précision. Elle porte sur toute explosion d’arme nucléaire et sur toute autre explosion nucléaire, quel que soit l’environnement. Elle ne constitue pas, à elle seule, un traité général d’élimination de toutes les armes nucléaires et ne couvre pas automatiquement chaque activité scientifique ou simulation ne produisant pas d’explosion nucléaire.

De Reggane à Moruroa, trente-six ans d’essais français

La France a fait exploser son premier engin nucléaire le 13 février 1960 près de Reggane, dans le Sahara alors placé sous administration française. Les campagnes algériennes ont ensuite comporté des essais atmosphériques dans la région de Reggane et des essais souterrains à In Ekker.

Les opérations se sont poursuivies après l’indépendance de l’Algérie en 1962, dans le cadre des dispositions négociées entre les deux États, jusqu’en 1966. Cette chronologie explique pourquoi le sujet appartient à la fois à l’histoire française, à l’histoire algérienne et aux relations entre les deux pays.

À partir de 1966, le centre des expérimentations a été déplacé en Polynésie française, principalement sur les atolls de Moruroa et Fangataufa. Des essais atmosphériques y ont précédé le passage aux expérimentations souterraines. La dernière explosion nucléaire française a eu lieu à Moruroa le 27 janvier 1996.

Ces campagnes ont concerné des militaires, des personnels civils et des habitants des territoires voisins. Leur histoire peut être documentée à partir des archives publiques, notamment celles du Service historique de la Défense et des institutions chargées de conserver les dossiers administratifs français. La disponibilité, le classement et l’interprétation de ces documents demeurent au cœur des travaux historiques et des demandes de transparence.

Reconnaissance et indemnisation : un examen encadré par la loi

La mémoire des essais ne se limite pas aux sites et aux dates. Elle nourrit des débats sur l’accès aux archives, la reconnaissance des expositions, les critères géographiques retenus et la manière d’examiner les demandes d’indemnisation.

29 août : les essais nucléaires concernent toujours la France

La loi française du 5 janvier 2010, dite loi Morin, a créé un dispositif spécifique pour les personnes atteintes de certaines maladies et ayant séjourné, pendant des périodes définies, dans des zones concernées par les essais. Son texte consolidé peut être consulté sur Légifrance.

Les demandes sont instruites par le Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires, le CIVEN. L’examen repose sur les conditions prévues par la loi et sur les éléments propres à chaque situation. L’existence d’une campagne d’essais dans un territoire ne suffit donc pas, à elle seule, à établir la situation médicale ou le droit à indemnisation d’une personne précise.

Cette distinction est essentielle pour éviter deux raccourcis : nier les demandes de reconnaissance au motif qu’elles sont complexes, ou présenter comme établi un bilan sanitaire global sans étude précisément identifiée. Les données médicales, les décisions individuelles d’indemnisation et l’évaluation historique des politiques publiques ne répondent pas aux mêmes méthodes.

Signer, ratifier et surveiller ne signifie pas faire entrer en vigueur

Le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires, souvent désigné par son sigle anglais CTBT, a été adopté par l’Assemblée générale des Nations unies le 10 septembre 1996. La France l’a signé la même année, puis l’a ratifié en 1998.

Ces étapes ont des significations distinctes :

  • La signature manifeste l’adhésion politique d’un État au texte et ouvre le processus national de ratification.
  • La ratification exprime son consentement définitif à être lié selon ses procédures constitutionnelles.
  • La surveillance internationale sert à repérer des événements susceptibles de correspondre à une explosion nucléaire.
  • L’entrée en vigueur rend le traité pleinement applicable selon les conditions prévues par son propre texte.

En attendant cette entrée en vigueur, la Commission préparatoire de l’Organisation du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires, couramment appelée CTBTO, développe et exploite un système international de surveillance. Celui-ci combine des technologies sismologiques, hydroacoustiques, infrasonores et de détection des radionucléides.

Ce réseau peut recueillir et partager des données avant même que le traité ne devienne pleinement applicable. En revanche, certains mécanismes juridiques prévus par le texte, notamment les inspections sur place, ne pourront fonctionner dans leur régime complet qu’après son entrée en vigueur. Surveillance technique et force juridique ne sont donc pas synonymes.

La dernière ratification requise déclencherait un délai de 180 jours

Le traité ne peut entrer en vigueur qu’après sa ratification par les 44 États nommément énumérés dans son annexe 2. Il s’agit d’États qui possédaient, au moment de la négociation, des capacités nucléaires ou des installations de recherche entrant dans les critères retenus.

La CTBTO indique que toutes les ratifications requises n’ont pas encore été déposées. Le nombre total de signatures ou de ratifications dans le monde ne suffit donc pas : chacun des États de l’annexe 2 doit avoir accompli la procédure.

Le prochain jalon décisif sera vérifiable sur la liste officielle tenue par la CTBTO. Lorsque le dernier instrument de ratification requis aura été déposé, le délai prévu par le traité pourra commencer : son entrée en vigueur interviendra 180 jours plus tard.

Source: Organisation des Nations unies

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