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Petit-Clamart : l’attentat du 22 août 1962 contre de Gaulle

Par la rédaction de Pirots 2 — Publié le 22 août 2026

Le 22 août 1962, à Petit-Clamart, des hommes armés ouvrent le feu sur la voiture transportant Charles de Gaulle et son épouse. Le président de la République, les autres passagers et leur chauffeur survivent. L’enquête conduit au groupe organisé autour de Jean Bastien-Thiry, dans un climat encore profondément marqué par la guerre d’Algérie et l’indépendance récemment acquise par le pays.

Les faits essentiels

  • Charles de Gaulle se rendait de Paris à l’aérodrome de Villacoublay.
  • Le convoi présidentiel a été pris pour cible à un carrefour de Petit-Clamart.
  • Malgré les impacts et les pneus endommagés, la voiture a poursuivi sa route.
  • Jean Bastien-Thiry a été identifié comme l’organisateur de l’opération.
  • L’attentat précède de deux mois le référendum institutionnel d’octobre 1962.

Le trajet présidentiel pris pour cible à Petit-Clamart

En cette soirée d’été, Charles de Gaulle quitte le palais de l’Élysée avec son épouse, Yvonne de Gaulle. Le couple doit rejoindre Villacoublay, puis poursuivre son voyage vers Colombey-les-Deux-Églises. Leur gendre, le colonel Alain de Boissieu, se trouve également dans la Citroën DS présidentielle conduite par Francis Marroux.

Le convoi traverse Petit-Clamart lorsqu’un groupe disposé le long de l’itinéraire déclenche une fusillade. Plusieurs armes sont utilisées contre la voiture et son escorte. Les récits publiés donnent parfois des nombres différents pour les coups tirés ou les impacts relevés ; le fait central ne fait cependant pas débat : le véhicule est atteint et ses pneus sont touchés.

Francis Marroux conserve la maîtrise de la DS, qui parvient à sortir de la zone de tir. Aucun de ses occupants n’est blessé. Les qualités routières de la voiture sont souvent mises en avant dans les récits ultérieurs, mais elles ne doivent pas effacer le rôle du chauffeur, la rapidité du passage et l’échec de la coordination des tireurs.

Petit-Clamart, un carrefour au sud-ouest de Paris

Petit-Clamart désigne un secteur de la commune de Clamart, aujourd’hui située dans les Hauts-de-Seine, au sud-ouest de Paris. En 1962, l’itinéraire emprunté permet notamment de gagner l’aérodrome militaire de Villacoublay depuis la capitale.

Cette situation géographique explique le choix du lieu. Le parcours présidentiel était identifiable, tandis que le carrefour et les voies proches offraient aux assaillants plusieurs positions de tir et possibilités de repli. L’événement est ainsi devenu indissociable du nom de Petit-Clamart, bien que ses causes relèvent d’une crise nationale et coloniale.

Petit-Clamart : l’attentat du 22 août 1962 contre de Gaulle

Jean Bastien-Thiry et le groupe de l’attentat

Jean Bastien-Thiry est alors lieutenant-colonel de l’armée de l’air et ingénieur militaire spécialisé dans l’armement. Hostile à la politique algérienne de Charles de Gaulle, il joue un rôle central dans la préparation et la coordination de l’opération, connue sous le nom de « Charlotte Corday ».

Les investigations permettent d’identifier progressivement les participants et leurs soutiens. Bastien-Thiry est arrêté en septembre 1962. Jugé avec plusieurs membres du groupe par la Cour militaire de justice, il assume une justification politique de son action, sans que celle-ci puisse modifier la qualification criminelle de l’attentat.

Condamné à mort, il est fusillé au fort d’Ivry le 11 mars 1963. Il demeure le dernier condamné exécuté par un peloton d’exécution en France. D’autres accusés reçoivent des peines de mort ou de réclusion, tandis que certains participants en fuite sont jugés par contumace.

L’indépendance algérienne au cœur des motivations

L’attentat survient quelques semaines après l’indépendance de l’Algérie, proclamée en juillet 1962 à la suite des accords d’Évian et du référendum d’autodétermination. Pour les partisans les plus déterminés de l’Algérie française, de Gaulle est devenu le responsable d’un abandon et la cible principale d’une opposition violente.

L’Organisation de l’armée secrète, ou OAS, avait déjà mené en Algérie et en métropole des attentats contre les autorités, les partisans de l’indépendance et des civils. Elle réunissait des militaires, des militants et des réseaux clandestins opposés à la politique gaullienne.

Le groupe du Petit-Clamart appartient à cette nébuleuse activiste anti-gaulliste. Plusieurs de ses membres entretiennent des liens avec les milieux de l’OAS. Il faut toutefois éviter de présenter l’opération comme le simple résultat d’une chaîne de commandement unique et parfaitement documentée : Bastien-Thiry dispose de son propre groupe et exerce une responsabilité directe dans sa préparation.

Petit-Clamart : l’attentat du 22 août 1962 contre de Gaulle

Cette distinction éclaire l’époque. Après les accords d’Évian, la disparition progressive de l’OAS comme organisation opérationnelle ne met pas immédiatement fin aux projets violents. Des réseaux, des armes et une volonté de revanche subsistent en métropole.

Une chronologie resserrée de 1962

  • 18 mars : signature des accords d’Évian mettant fin aux principaux combats de la guerre d’Algérie.
  • 5 juillet : proclamation de l’indépendance algérienne.
  • 22 août : attaque du convoi présidentiel à Petit-Clamart.
  • 17 septembre : arrestation de Jean Bastien-Thiry.
  • 20 septembre : de Gaulle expose à la radio et à la télévision son projet d’élection présidentielle au suffrage universel direct.
  • 5 octobre : l’Assemblée nationale renverse le gouvernement de Georges Pompidou.
  • 28 octobre : les électeurs approuvent la réforme de l’élection présidentielle.

Cette succession ne signifie pas que l’attentat aurait, à lui seul, provoqué la réforme constitutionnelle. Le renforcement de la fonction présidentielle s’inscrit dans la conception institutionnelle défendue par de Gaulle depuis bien avant 1962. La proximité des dates donne néanmoins à l’attaque une forte portée politique.

Le référendum et l’évolution de la Ve République

La révision proposée en septembre prévoit que le président de la République soit désormais élu directement par les citoyens, et non plus par un collège de grands électeurs. La procédure choisie par de Gaulle, fondée sur l’article 11 de la Constitution, suscite une opposition juridique et parlementaire majeure.

Après la censure du gouvernement Pompidou, de Gaulle dissout l’Assemblée nationale. Le référendum du 28 octobre approuve l’élection présidentielle au suffrage universel direct, puis les élections législatives de novembre renforcent le camp gaulliste. La première élection présidentielle organisée selon ces nouvelles règles a lieu en 1965.

L’attentat contribue alors à l’image d’un chef de l’État exposé personnellement mais demeuré en fonction. Il renforce aussi les préoccupations liées à la continuité du pouvoir et à la sécurité présidentielle. Les archives de l’allocution du 20 septembre, les documents du procès et les résultats publiés au Journal officiel permettent toutefois de séparer ces effets politiques des reconstructions héroïques apparues par la suite.

Petit-Clamart reste ainsi un point de rencontre entre trois histoires : la fin violente de la guerre d’Algérie, la lutte clandestine contre de Gaulle et la consolidation d’une Ve République centrée sur l’élection et l’autorité du président.

Source: Editorial research

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