Le 9 octobre 1967, Ernesto « Che » Guevara était exécuté par l’armée bolivienne dans l’école du village de La Higuera, moins de 24 heures après sa capture. Près de soixante ans plus tard, cette date reste un marqueur politique en France : commémorée par une partie de la gauche, elle est aussi rappelée pour les exécutions ordonnées par le Che à La Cabaña en 1959. Retour sur les faits, la construction d’une icône et les usages politiques d’un symbole qui ne cesse de cliver.
La Higuera, 8 et 9 octobre 1967 : ce qui s’est réellement passé
En 1966, Ernesto Guevara quitte Cuba pour tenter d’exporter la révolution en Amérique du Sud. Il choisit la Bolivie, où il établit une guérilla dans la région montagneuse de Ñancahuazú. L’expédition tourne court : isolée, privée de soutien paysan et trahie par des informateurs, la colonne est traquée par l’armée bolivienne, épaulée par des conseillers américains.
Le 8 octobre 1967, Guevara est capturé blessé à la jambe lors du combat de la Quebrada del Yuro, près de La Higuera. Il est transféré dans l’école du village et détenu toute la nuit. Le lendemain, 9 octobre 1967, il est fusillé sur ordre du gouvernement bolivien, après une décision prise à La Paz et validée par la CIA selon plusieurs témoignages concordants. Ses mains sont amputées pour identification, son corps exposé puis enterré secrètement à Vallegrande.
- 8 octobre 1967 : capture à la Quebrada del Yuro.
- 9 octobre 1967 : exécution à La Higuera, à l’âge de 39 ans.
- 1997 : exhumation de sa dépouille et transfert à Santa Clara, à Cuba.
Comment le Che est devenu une icône mondiale
La légende se construit en deux temps. D’abord à Cuba, où Fidel Castro fait du Che un martyr de la révolution dès octobre 1967. Ensuite à l’international, grâce à une photographie prise par Alberto Korda en 1960 lors d’un enterrement officiel à La Havane. Recadrée, contrastée, tirée en affiche, l’image devient l’un des visuels les plus reproduits au monde.
En France, la figure s’installe durablement après mai 1968. L’INA documente cette pénétration dans la culture populaire : affiches, chansons, films, vêtements. Le Che devient un motif graphique autant qu’un symbole politique, souvent détaché de son contenu idéologique précis.
Une image qui échappe à son sujet
L’affiche de Korda circule aujourd’hui sur des tee-shirts, des mugs et des couvertures de magazines. Cette banalisation est elle-même un sujet de débat : pour certains, elle vide le personnage de son sens politique ; pour d’autres, elle prouve la puissance symbolique de la figure.
En France, un héritage politique qui fracture la gauche
La commémoration du 9 octobre reste un point de friction. Une partie de la gauche radicale et de l’extrême gauche y voit un hommage à la lutte anti-impérialiste. D’autres courants, notamment au Parti socialiste, insistent sur les zones d’ombre du personnage et refusent d’en faire un modèle.
Le clivage ne date pas d’hier. Il s’est ravivé ces dernières années, à mesure que La France insoumise revendiquait une partie de cet héritage révolutionnaire, tandis que le PS et une partie de la gauche de gouvernement prenaient leurs distances. La figure du Che fonctionne ainsi comme un marqueur d’identité politique : la citer, la défendre ou la critiquer situe immédiatement un discours.
- La France insoumise : références régulières à la lutte anti-impérialiste, sans systématiquement citer le Che.
- Parti socialiste : position plus réservée, insistance sur les droits humains et les exécutions de 1959.
- Extrême gauche et milieux militants : commémorations, affiches, références assumées.
Les controverses : La Cabaña, les exécutions et la mémoire sélective
L’un des points les plus contestés concerne le rôle de Guevara à la forteresse de La Cabaña, à La Havane, entre janvier et juin 1959. Nommé responsable du lieu, il supervise des tribunaux révolutionnaires qui condamnent à mort des centaines de personnes liées à l’ancien régime de Batista. Le chiffre exact reste discuté : les estimations vont de plusieurs centaines à un millier d’exécutions.
Ces faits sont documentés par des historiens cubains et étrangers, et rappelés chaque année par les critiques de la commémoration. Ils nourrissent un débat plus large sur la mémoire sélective des figures révolutionnaires : peut-on célébrer un combattant anti-impérialiste en passant sous silence les violences qu’il a ordonnées ?
Deux mémoires qui s’affrontent
D’un côté, une mémoire militante qui retient la mort à La Higuera et l’engagement anti-impérialiste. De l’autre, une mémoire critique qui insiste sur La Cabaña et les exécutions sommaires. Les deux s’appuient sur des faits vérifiables, ce qui rend le débat d’autant plus durable.
Pourquoi cette date reste un marqueur en 2026
Le 9 octobre n’est pas une commémoration officielle en France. Mais chaque année, des associations, des collectifs et des partis politiques s’en emparent, tandis que d’autres voix rappellent les controverses. La date fonctionne comme un test politique : qui la mentionne, comment, et dans quel but.
Pour les lecteurs qui suivent le débat public français, l’intérêt n’est pas seulement historique. Il s’agit de comprendre comment une figure latino-américaine morte en 1967 continue de structurer des clivages contemporains, entre mémoire militante, culture populaire et exigence de vérité historique.
Source: Hérodote
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Les faits historiques cités s'appuient sur des sources documentaires reconnues et des archives audiovisuelles.
- Capture de Guevara le 8 octobre 1967 confirmée par les récits historiques
- Exécution le 9 octobre 1967 à La Higuera documentée par Hérodote
- Présence de la figure du Che dans la culture française après 1968 documentée par l'INA
- Source
- Hérodote
- Portée
- France
- Mis à jour
- 2026-10-09 07:30
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